Selon des informations parues dans les médias albanais JOQ et Pamfleti, la compagnie aérienne filiale de Turkish Airlines, Air Albania, est proche de la faillite. Ces médias déclarent que la compagnie aérienne n’a pas versé depuis environ un an ses cotisations sociales, et depuis plusieurs mois les salaires, tandis que les dettes s’accumulent pour Air Albania, jusqu’à voir ses avions saisis ou ses locations stoppées. Une lettre adressée aux autorités demande d’agir face notamment aux manquements sur la sécurité des opérations, citant entre-autres “l’épuisement extrême des employés”. D’après plusieurs sources, la procédure de déclaration de faillite a été enclenchée pour la compagnie aérienne basée à Tirana, qui serait devenue ces derniers mois “un plan destiné à siphonner les derniers fonds.”
Une autre compagnie albanaise qui s’en va ? Après la saisie d’Albawings en fin d’année dernière, Air Albania, lancée en 2018 et filiale de Turkish Airlines, pourrait être la prochaine société à cesser ses activités. D’après les sources JOQ et Pamfleti d’Albanie, cela semble bientôt être le cas, s’appuyant sur divers témoignages de sources secrètes ou publiques.
Manque d’argent et retards de paiement
Des anciens employés font état “de graves violations des droits du travail et un traitement inhumain de la part du management”, avec entre-autres, “des retards constants dans le paiement des salaires”, causant insécurités économiques et stress permanent. D’après diverses sources citées en Albanie, depuis au moins 9 mois (certains disent 11, voire plus de 12), les cotisations sociales n’ont pas été versées, ce qui est contraire donc aux lois locales, bien que prélevées sur les salaires.
D’après JOQ qui a pris le témoignage d’une ex-employée, “[elle] souligne avoir été confrontée à une violence psychologique systématique et à des menaces sur son lieu de travail, ce qui a gravement affecté son bien-être mental. Elle ajoute également qu’Air Albania a refusé de lui délivrer ses heures de vol, indispensables au développement professionnel des hôtesses de l’air et exigées par les autorités européennes de l’aviation.”
Un autre témoignage, public cette fois-ci, provient d’Ali Osman Yildrim, un technicien d’Air Albania, qui a démissionné début mars et confirme la situation : “à ce jour, je n’ai pas reçu mon salaire de février ni les paiements supplémentaires qui me sont dus. (…) je ne demande pas une faveur, je demande ce qui m’appartient de droit”, a fait savoir l’ancien employé il y a trois semaines dans un post LinkedIn. “De nombreux employés d’Air Albania attendent encore le versement de leurs salaires et autres droits, retardés depuis une longue période.”
“Certains d’entre eux n’ont pas reçu leurs salaires pendant 2 à 3 mois, ont été licenciés de manière injuste, sans préavis, et soumis à une pression psychologique constante pour les pousser à démissionner,” constate un groupe d’employés d’Air Albania, qui a adressé une lettre publique à Edi Rama, le Premier Ministre albanais, à Petrit Malaj, le Ministre de l’Économie et à l’Autorité de l’Aviation Civile (AAC).
De plus, son premier actionnaire, Turkish Airlines (49%), serait en litige auprès de la justice avec Air Albania, sur une dette de plus de 33 millions de dollars américains.
Des avions cloués et des locations stoppées
Pire encore, Air Albania, qui possède deux Airbus A320, a vu ses propres avions cloués, dont le premier (ZA-MMK) à Istanbul (Turquie) en février 2024, “à cause d’un problème moteur”, disent les deux médias.
En février dernier, Air Albania avait créé la surprise en annonçant l’ouverture de 9 liaisons au départ de sa base de Tirana : Athènes, Bergame, Bologne, Bruxelles, Genève, Rome-Fiumicino, Trévise, Vérone et Vienne.
Mais 3 semaines après, coup de théâtre, la compagnie ukrainienne SkyUp reprend son Boeing 737-800 loué à Air Albania, car les albanais ne paient pas, une affaire désormais aux mains de la justice, disent les deux médias.
En conséquence, Genève a été rapidement suspendu, avant d’être retardé comme Bruxelles, puis annulé, Vienne a été annulé après une liaison, Rome a été annulé après plusieurs rotations et enfin, Trévise annulé après 5 rotations.
Bergame et Bologne continuent à être opérés depuis Tirana. Quant à Athènes, la liaison a été retardée jusque début septembre. Bruxelles a repris le 3 août dernier, avec un vol hebdomadaire, après un arrêt de 5 mois.
Le deuxième avion, le ZA-ASM, a été immobilisé le 6 août dernier à Istanbul également, à la demande du locateur GA Telesis (également propriétaire du ZA-MMK), selon JOQ, pour causes de dettes impayées, bien qu’officiellement, il s’agit d’une maintenance, annonce Pamfleti.
Cette saisie imprévue a engendré des annulations à travers son réseau, pour ne garder qu’un seul avion en service de manière temporaire, un Airbus A320 de Fly2Sky loué, qui a exclusivement volé entre Tirana et Istanbul du 7 au 16 août, bien qu’il est attendu qu’il soit retiré de la flotte d’un moment à l’autre, pour les mêmes raisons de dettes impayées, déclarent les deux médias.
Un autre Airbus A320 de SmartLynx Malta a récemment rejoint la flotte, pour pouvoir tout de même opérer d’autres vols.
Air Albania aurait par ailleurs également une autre dette auprès de Fly2Sky sur une location antérieure.
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Sécurité aérienne compromise ?
De plus, note JOQ, la lettre publique aux autorités, fait état, en plus de “graves accusations sont soulevées sur la situation interne de la compagnie, les violations systématiques des droits des employés” déjà abordés plus haut, “[d’accusations soulevées sur] l’atteinte à la sécurité des vols”.
Le groupe tire la sonnette d’alarme sur “le manque de personnel qualifié, l’épuisement extrême du personnel en place et le non-respect des protocoles de sécurité” chez Air Albania, qui “ont créé des conditions pouvant entraîner de graves conséquences pour les passagers et les employés eux-mêmes.” Ce document “mentionne une longue liste de techniciens, pilotes et membres d’équipage de cabine qui ont quitté la compagnie ou ont été forcés de démissionner, certains ayant déjà entamé des procédures judiciaires pour faire valoir leurs droits.”
D’après Ali Osman Yildrim, un incident est arrivé il y a quelques mois chez Air Albania, après qu’un équipage a refusé de prendre possession d’un avion pour une rotation, “invoquant un manque de confiance dans l’inspection et des préoccupations de sécurité”, et ce, “malgré la détection de dommages dans l’un des moteurs de l’avion, et une inspection subséquente au cours de laquelle un technicien sous contrat a conclu que l’appareil était sûr”.
À la suite de l’incident, “le chef de cabine a été démis de ses fonctions, et d’autres membres d’équipage ont été soumis à des mesures disciplinaires”, déplorant que “[la compagnie aérienne] semble recourir à des mesures punitives et à des tactiques de pression. Considérant que les règlements de l’aviation sont dits “écrits dans le sang”, une telle approche non seulement mine le moral des équipages mais représente également une menace sérieuse pour la sécurité globale des vols.”
Faillite imminente ?
D’après une employée d’Air Albania à JOQ, lors de l’annulation d’un vol par la compagnie aérienne, les billets ne sont pas remboursés, ce qui est contraire au droit européen (EU261/2004), pour les billets depuis et vers l’Union Européenne, “même si les billets continuent d’être vendus sans aucun avertissement aux passagers, qui ignorent ce qu’il advient de leur argent”. Par exemple, une nouvelle liaison Tirana - Ljubljana (Slovénie), prévue pour le 1er septembre a été annulée.
Air Albania, à l’heure d’écrire ces lignes, opère toujours des vols.
Autre facteur, il a été demandé aux employés de la compagnie aérienne de prendre leurs congés annuels obligatoires.
“Air Albania est en train de déclarer sa faillite”, déplore cette employée actuelle, espérant une intervention de l’État albanais. Des sources internes confirment à Pamfleti que “la procédure de faillite est enclenchée”.
Par ailleurs, il est dit que le deuxième actionnaire de la compagnie aérienne, MDN Investment, via son représentant et fondateur Sinan Idrizi, ne cherche pas à renflouer la compagnie aérienne, “[le représentant apparaissant] depuis les États-Unis afin d’éviter toute responsabilité publique, utilisant Air Albania comme un instrument personnel et politique”, dit JOQ. Pamfleti va plus loin, déclarant que “des sources affirment que la crise n’est pas seulement financière, mais le résultat d’un plan destiné à siphonner les derniers fonds [d’Air Albania].”
D’après le même média, Sinan Idrizi contrôlait les nominations et les flux financiers, jusqu’à nommer Sinan Isik comme PDG, un choix qui “n’aurait pas été motivé par la compétence mais par la volonté de vider les caisses à travers des contrats douteux conclus avec des proches” créant une société (AGSS) au nom de sa compagne (Erisa Arisi), ancienne cadre Air Albania et proche de l’épouse de Sinan Idrizi, qui aurait perçu “des paiements fictifs, non justifiés par des prestations, via la banque BKT.”
Le futur s’annonce pas très bon pour Air Albania, après le développement progressif de la base de Wizz Air à Tirana et l’annonce très récente de l’ouverture de la base de Ryanair pour l’été prochain, sonnant probablement le glas de la compagnie aérienne du pays de l’aigle à deux têtes.
Affaire à suivre.
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