Ce samedi 13 décembre à 10h44, la première ligne de télécabine d’Île-de-France (C1) a ouvert entre Créteil - Pointe du Lac et Villa Nova, permettant de désenclaver plusieurs communes du Val-de-Marne et les relier directement (en 18 minutes) à la ligne de métro 8. Cette inauguration est l’aboutissement d’un chantier de 3 ans. Ce tracé de 4,5 kilomètres relance une perspective nouvelle sur le possible futur des infrastructures de transports en commun dans la Région.
En collaboration avec Loïc SIMBA (Spirales ● Loïc Simba).
Dernière mise à jour : 15/12/25 - 11:13Z.
“Je déclare ouverte la ligne C1, le premier téléphérique d’Île-de-France”, a déclaré à 10h44 ce samedi 13 décembre Valérie Pécresse, la présidente d’Île-de-France Mobilités et de la Région Île-de-France. Elle a fait partie des officiels qui ont inauguré la ligne de télécabine ou câble C1, dans le Val-de-Marne.
Ce moyen de transport unique pour la région, relie Créteil - Pointe du Lac à Villa Nova (Villeneuve-Saint-Georges) via les stations Limeil-Brévannes, Valenton et La Végétale, soit 4,5 kilomètres et 18 minutes (théoriques) de trajet. Le C1 permet aux usagers de gagner du temps pour rejoindre la capitale.
Au total, le projet, qui a nécessité trois ans de travaux, dessert les communes de Créteil, Limeil-Brévannes, Valenton et Villeneuve-Saint-Georges et espère accueillir 11 000 voyageurs par jour, avec une fréquence de moins de 30 secondes par cabine. Ces dernières, de type CWA Omega V de dernière génération, sont au nombre de 105.
Un nouveau mode de transport intégré au réseau francilien
Le Câble C1 est opéré par Île-de-France Mobilités (IDFM), qui a d’ailleurs financé les cabines, et est exploité par Transdev, par sa filiale Transdev Coteaux de la Marne. La télécabine est pensée comme un outil de désenclavement et de gain de temps pour les 11 000 voyageurs attendus chaque jour, qui pourront circuler de 5h30 (ou 6h30 le dimanche) à 23h30 en semaine et jusqu’à 0h30 le week-end, avec une fréquence de moins de 30 secondes entre chaque cabine.
La nuit, le service est remplacé par la ligne de bus N72, qui roulera toutes les 30 minutes.
Le C1 permet ainsi aux habitants des quatre communes desservies, entre autres, de bénéficier d’un accès rapide et direct à la ligne de métro 8 (Créteil <> Balard) de la RATP, à de nombreuses lignes de bus (117, 393, 423, 427, 428, 429, 430…) ainsi qu’aux bassins d’emploi du territoire. Sur le plan tarifaire, le C1 fait partie intégrante du réseau francilien et est considéré comme un mode de surface au même titre que le bus ou le tramway.
Afin de faciliter l’intermodalité à chaque station, les abords ont été aménagés avec des parkings vélos, des cheminements piétons confortables et sécurisés, de nouveaux arrêts de bus équipés de mobilier et de systèmes d’information voyageurs en temps réel, ainsi que des zones de dépose-minute.
Un projet long et politiquement sensible
Valérie Pécresse rappelle qu’en 2016, des élus du Val-de-Marne l’avaient sollicitée pour relancer ce projet, avant que des études publiques ne soient lancées en 2019. “Il y a eu le problème des riverains, il y a eu les personnes survolées, on a dû faire des concessions, on a dû remonter les câbles, on a dû faire des études complémentaires, il y a eu les recours, il a fallu convaincre les pompiers qu’ils pouvaient être survolés par des câbles…”
Selon le maire de Créteil, Laurent Cathala, les riverains avaient formulé des exigences importantes dans le cadre du projet, demandant notamment de limiter au maximum les nuisances visuelles et sonores liées à cette nouvelle infrastructure.
Pour Françoise Lecoufle, maire de Limeil-Brévannes, le projet était attendu de longue date par les habitants. “Les trois stations centrales du téléphérique (télécabine) sont directement à usage de ces habitants, et ils survolent en plus une magnifique coulée verte, La Végétale, dont on allie de façon écologique à la fois un moyen de transport tout à fait innovant et une coulée verte piétonne et cyclable. C’est magnifique, tout le monde l’attend, c’est comme un cadeau de Noël avec ces petites cabines qui sont illuminées la nuit. Cela donne beaucoup de joie aux habitants de savoir qu’ils vont enfin pouvoir l’emprunter.”
Kristell Niasme, la maire de Villeneuve-Saint-Georges, souligne de son côté que le terminus du Plateau Briard, à la station Villa Nova, permettra non seulement de désenclaver le quartier, mais aussi de répondre à des enjeux écologiques, au vu du trafic routier important sur le territoire et de la fréquentation de la gare de Villeneuve-Saint-Georges (RER D). Elle y voit un mode de transport nouveau et novateur, contribuant à la réduction des pollutions et de l’impact du trafic routier.
Accessibilité totale
Le projet mise par ailleurs fortement sur l’accessibilité, avec des cabines de dix places assises complètement adaptées, tout comme les stations, qui pourront accueillir les personnes à mobilité réduite et les vélos, l’accès se faisant de plain-pied. Les CWA Omega V ont été dimensionnés en intégrant 30 % de capacité supplémentaire par rapport aux besoins estimés au maximum. Pour l’embarquement, les cabines circulent à une vitesse très réduite de 9 centimètres par seconde, soit environ 0,3 km/h, et peuvent être ralenties davantage, voire arrêtées, afin de répondre à toute situation le nécessitant.
Le Câble C1 circulera sur un territoire peu exposé aux vents violents. Il est néanmoins surveillé en continu, grâce à des capteurs installés au sommet des pylônes, en forme d’ailes. En cas de vent supérieur à 70 km/h, la vitesse des cabines sera réduite et, en cas de tempête, la télécabine sera fermé, avec la mise en place systématique de bus de substitution. Le service pourra également opérer en cas de neige.
Toutes les cabines sont équipées de caméras de vidéoprotection, suivies en temps réel par les agents d’exploitation depuis le centre de commandement de la ligne, situé à Limeil-Brévannes. Elles disposent également d’un interphone permettant de communiquer avec le personnel d’exploitation, qui veille à la sécurité des voyageurs, pour l’embarquement, le débarquement et durant le trajet, avec un lien direct avec les pompiers et les forces de l’ordre.
En station, des caméras sont également installées sur les quais des stations en plus de la présence d’agents du début à la fin du service, accompagnés de la Brigade régionale des transports et des agents de sécurité privée patrouilleront régulièrement sur la ligne.
En cas de panne, l’ensemble des systèmes est doublé, qu’il s’agisse du moteur, des batteries de secours ou des communications. Des pompiers de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris, formés et spécialisés pour ce type d’évacuation, se sont entraînés et continueront de le faire sur l’infrastructure afin de maîtriser les procédures d’appel et d’évacuation des passagers, que ce soit en nacelle ou en rappel.
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Financement majoritairement public
Le Câble C1, qui a coûté 138 millions d’euros, a été financé à 21 % par le projet France Relance (partiellement basé sur des fonds européens), à 30 % par le Val-de-Marne et à 49 % par la Région Île-de-France. “80 % du projet est financé par les collectivités locales. C’est pratiquement du jamais vu sur un projet de transport en Île-de-France”, insiste Valérie Pécresse.
Selon IDFM, le “câble” est l’infrastructure la plus économique en comparaison avec les ouvrages d’art qui auraient été nécessaires pour une ligne de bus ou de tramway, et rapide à mettre en œuvre. À titre de comparaison, un kilomètre de métro aurait coûté environ 250 millions d’euros, tandis qu’un Bus à Haut Niveau de Service, ou BHNS, aurait représenté entre 20 et 40 millions d’euros par kilomètre, selon la complexité des aménagements.
Pour l’Union européenne, ce projet s’inscrit dans le vaste plan de relance de près de 800 milliards d’euros adopté en juillet 2020 à la sortie de la pandémie, dont près de 40 milliards ont bénéficié à la France, avec pour objectif de relancer les économies tout en amorçant les transitions numériques et écologiques par des projets durables.


Acteurs européens
Le projet a été mis en œuvre par un groupement d’entreprises de conception-réalisation sous le nom de Doppel France. L’autrichien Doppelmayr, par sa filiale française, est mandataire du groupement et a conçu et réalisé le système de transport par télécabine, ainsi que la maintenance globale, et assurera la maintenance lourde du C1 durant les premières années. L’Atelier Schall s’est chargé de l’architecture des stations, des pylônes et des aménagements paysagers.
Le groupe français Egis a assuré la maîtrise d’œuvre et fourni les systèmes connexes au transport, Spie Batignolles a construit les gares et réalisé le génie civil des pylônes, tandis que France Travaux était responsable des aménagements extérieurs, qu’il s’agisse des parvis ou des plantations.
Vision à long terme
Ce nouveau service complète la vision à terme d’Île-de-France Mobilités, à augmenter l’offre dans toute la Région, qui soit adaptées aux caractéristiques locales. Le C1 répond au besoin de désenclaver cette partie du Val-de-Marne et de contourner de nombreux obstacles urbains, telles que la ligne à grande vitesse Sud-Est, la route nationale 406 ou encore la gare de triage de Valenton.
La formation des équipes de Transdev pour l’exploitation du C1 a permis de créer 90 emplois, dont 70 % sur le territoire. Les agents ont notamment effectué des stages en montagne afin de se former à des installations similaires.
Valérie Pécresse a tenu à remercier l’ensemble des acteurs du projet, soulignant que ni les coûts ni les délais n’avaient été dépassés.
L’ancien président du Conseil régional d’Île-de-France (1998-2015), Jean-Paul Huchon, a également exprimé sa satisfaction en découvrant le résultat final d’un projet qu’il avait porté lors de son dernier mandat. “Ça a pris du temps, cela prouve que c’était un sujet original et difficile, mais le fait d’être allé au bout est remarquable. On se dit qu’on n’a pas travaillé pour rien.” Il estime que le projet illustre la capacité des institutions à se rassembler pour mener à bien des projets d’intérêt général et considère le Câble C1 comme un premier pas, parmi une dizaine de télécabines susceptibles de voir le jour en Île-de-France à terme.
Dans cette optique, la Région étudie la possibilité de lancer la ligne C2 entre le Pont de Sèvres et Vélizy-Villacoublay. Elle a également reçu des demandes d’étude de la part des autorités du Val-de-Marne pour une extension de la ligne de métro 18 du Grand Paris Express, entre l’aéroport d’Orly et Boissy-Saint-Léger, en correspondance avec le Câble C1. Courant 2027, le métro 15 devrait ouvrir entre Noisy-Champs et Pont de Sèvres, via Créteil, entre-autres.
Ndlr : bien qu’Île-de-France Mobilités annonce que le nouveau service est un téléphérique, au sens strict, il s’agit bien d’une télécabine, en raison du câble unique, constamment en mouvement.
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