Plus de onze ans après le calendrier initial, les premières rames de 52 mètres circulent enfin sur la ligne 1 du métro de Lille depuis ce 14 février 2026. Cette mise en service progressive ne marque pas seulement l’arrivée d’un matériel plus capacitaire (Alstom Metropolis BOA) : elle concrétise une modernisation engagée en 2012, incluant la refonte complète du pilotage automatique et l’adaptation de l’infrastructure existante. Présenté par la Métropole comme une première mondiale en matière de modernisation en exploitation d’un métro automatique, ce chantier aux multiples volets techniques ouvre un nouveau chapitre pour le réseau lillois, avec une capacité accrue sur la ligne 1 et des répercussions positives attendues sur la ligne 2 jusqu’en 2028. La montée en puissance reste toutefois progressive et sous surveillance.
Après onze ans de retard, les cinq premières rames Alstom Metropolis BOA de 52 mètres ont enfin été mises en service ce samedi 14 février sur la ligne 1 du métro de Lille, reliant Quatre Cantons - Stade Pierre-Mauroy à CHU - Eurasanté. Au total, 27 rames circuleront progressivement sur l’intégralité de la ligne d’ici septembre, avant l’arrivée de 15 rames supplémentaires à l’horizon 2028. “Oui, l’attente aura été longue, trop longue parfois, éprouvante souvent”, a reconnu le président de la Métropole Européenne de Lille, Éric Skyronka, lors de l’inauguration.
Modernisation globale de la ligne
Commandées en 2012, ces nouvelles rames de type BOA, longues de 52 mètres, permettent l’intercirculation intégrale entre les voitures, ce qui est une première pour le réseau lillois, ouvert en 1983, qui jusqu’alors possédait des rames de deux voitures sans intercirculation possible.
Le projet global ne concernait pas uniquement le matériel roulant. Il incluait également la refonte complète du système de pilotage automatique de la ligne 1, pour passer au Communication based train control, ou CBTC. Le système historique, conçu dans les années 1980, reposait sur une architecture analogique devenue obsolète et incompatible avec les standards actuels.
Pour accueillir ces nouvelles rames, l’allongement des quais a été nécessaire, passant de 26 à 52 mètres. Les stations ont également été adaptées avec de nouvelles portes palières, une signalétique repensée, des équipements techniques modernisés et des dispositifs de vidéoprotection.
Au total, la modernisation de la ligne 1 représente 620 millions d’euros, dont 266 millions d’euros hors taxes pour les seules rames. À l’échelle du métro lillois dans son ensemble, l’investissement global atteint 1,2 milliard d’euros, comprenant aussi la modernisation de la ligne 2 (C.H. Dron <> Saint-Philibert).
Près de 230 entreprises ont participé au chantier de la ligne 1 : les travaux ont été réalisés de nuit ou lors d’interruptions programmées, notamment ces derniers mois, évitant un arrêt prolongé de la ligne : “moderniser un métro automatique en exploitation relève d’un exercice rare”, a souligné le président de la MEL, évoquant même une première mondiale.
Les 17 et 18 janvier, les rames effectuaient leur dernière marche à blanc, ce qui a nécessité l’interruption totale de la ligne.
42 nouvelles rames
Initialement prévue pour 2015, la mise en service a accumulé plus de onze années de retard. En cause : des difficultés majeures dans le développement et l’adaptation du logiciel de pilotage automatique Urbalis Fluence, notamment son intégration avec les rames existantes VAL208.
Face aux retards répétés, la Métropole Européenne de Lille a engagé une médiation avec Alstom. Le constructeur a versé 50 millions d’euros de pénalités, sur les 266 millions d’euros hors taxes du contrat initial. Le nouveau système Urbalis Fluence a finalement été activé le 17 novembre 2024, avant une validation définitive en janvier 2025, après plusieurs phases probatoires.
Dans le détail, les nouvelles rames BOA de 52 mètres peuvent accueillir entre 313 et 521 voyageurs selon la configuration retenue. Livrées progressivement à partir de 2016, elles intègrent des écrans d’information voyageurs, des afficheurs LED, un système de vidéoprotection embarquée, un éclairage LED adaptatif ainsi que des espaces spécifiquement aménagés pour les personnes à mobilité réduite.
En revanche, la Métropole Européenne de Lille précise qu’aucun système de climatisation ou de ventilation réfrigérée n’a été installé. Ce choix s’explique par une consommation énergétique jugée trop importante, un rejet de chaleur significatif dans les tunnels et une efficacité considérée comme limitée en raison des arrêts fréquents du métro. Un système de ventilation classique est néanmoins présent à bord.
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Montée en puissance progressive
La première rame (la 218) a quitté la station Quatre Cantons – Stade Pierre-Mauroy à midi pile en direction du CHU Eurasanté.
À ce stade, cinq rames sont en circulation, soit environ une rame sur trois en heure de pointe. La montée en puissance se fera de manière progressive : dix rames devraient être déployées d’ici deux semaines, pour atteindre treize dans les semaines suivantes. Vingt-deux rames sont attendues en mai, avant d’atteindre un total de vingt-sept en service en septembre.
Dès la fin de matinée, plusieurs rames affichaient une forte affluence : passionnés, habitants et curieux ont emprunté la ligne pour découvrir ces nouvelles rames de métro. Selon un témoignage, au moins une rame Metropolis aurait d’ailleurs été évacuée en cours de journée. D’autres incidents mineurs auraient également été signalés.
Le président de la MEL avait d’ailleurs tempéré l’enthousiasme en rappelant que “des ajustements seront vraisemblablement encore nécessaires” et que “des incidents pourront peut-être encore survenir durant la phase de rodage”.
À terme, la MEL vise une augmentation de capacité de 50 % sur la ligne 1, même si le retrait des VAL208 abaissera sa flotte et donc sa fréquence.
Transferts sur la ligne 2
Les rames VAL208 actuellement en service sur la ligne 1 seront progressivement transférées vers la ligne 2, permettant d’augmenter les fréquences, notamment en soirée et le week-end. À partir de la semaine prochaine, les premiers transferts débuteront, avec une amélioration annoncée des intervalles, pouvant passer de 4 à 6 minutes à environ 3 min 30 à 4 min 30 selon les périodes.
En parallèle, la MEL a attribué en octobre dernier un marché de 445 millions d’euros pour 57 nouvelles rames VAL208 NG3, destinées à remplacer les VAL206 en service depuis le 25 avril 1983 et qui partiront à la casse. Les livraisons sont prévues à partir de juillet ou d’octobre 2028, selon le dossier de presse qui a indiqué deux échéances différentes.

Les VAL208 existants seront modernisés entre 2027 et 2031, à raison d’environ douze rames par an. Les rames les plus anciennes, les VAL206 seront progressivement retirées du service et partiront à la casse.
À horizon 2031, la ligne 2 devrait bénéficier d’une capacité accrue de 30 % et d’une fréquence sensiblement comparable à celle actuellement observée sur la ligne 1 : 66 secondes selon la MEL.
Une mise en service perturbée par la grève
La journée d’inauguration a toutefois été marquée par un mouvement social au sein d’Ilévia. Des conducteurs de tramway et de métro ont observé un arrêt de travail, entraînant une réduction des fréquences sur le réseau métro ainsi que l’interruption totale des deux lignes de tramway du Grand Boulevard, desservant Tourcoing et Roubaix.
Des bus de remplacement ont été déployés pour assurer la continuité du service malgré tout. Les autres lignes régulières du réseau de bus n’ont pas été impactées par le mouvement.
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