Invisibles pour les voyageurs, les circuits de voie constituent l’un des maillons les plus sensibles du réseau ferroviaire. En 2024, le gestionnaire du rail belge Infrabel a signé un contrat de 80 millions d’euros pour la fourniture, sur dix ans, de 10 000 armoires “Jade”, développées en partenariat avec Alpha Innovations et Alstom. Derrière ce marché se dessinent à la fois une modernisation progressive de la signalisation belge, l’introduction de la maintenance prédictive sur des équipements critiques et une volonté affichée de relocaliser en Belgique la production de composants stratégiques pour le rail.
80 millions d’euros : c’est le montant du contrat signé en 2024 entre Infrabel et Alstom pour la fourniture, sur dix ans, de 10 000 armoires de circuits de voie “Jade”, développées en partenariat avec Alpha Innovations, société technologique basée à Louvain-la-Neuve (Brabant wallon).
Depuis moins de deux ans, l’entreprise, qui emploie une cinquantaine de collaborateurs dont une quinzaine d’ingénieurs, déploie sur le réseau belge sa solution de détection de trains. Les modules sont conçus, fabriqués et testés sur le site brabançon.
Alpha Innovations se positionne sur le segment des infrastructures critiques, un domaine où la fiabilité des systèmes constitue un enjeu central. L’entreprise dispose d’une expertise qui dépasse le seul secteur ferroviaire, avec des dispositifs d’alimentation en courant dans les télécoms, le médical, la défense, l’industrie ou encore la gestion énergétique. Elle est spécialisée dans l’électronique de puissance et l’intégration de systèmes complexes, notamment la fabrication d’armoires techniques intégrant des centaines de mètres de câblage.
Circuit de voie qui détecte et surveille
Le Jade est un circuit de voie : il permet de détecter la présence d’un train sur un tronçon déterminé. Concrètement, un courant est injecté dans le rail ; le passage d’un train ferme le circuit via ses essieux, ce qui permet au système de confirmer l’occupation de la voie. Cette information conditionne l’autorisation ou non de circulation et constitue un élément central de la signalisation ferroviaire.
Les équipements fournis atteignent le niveau de sécurité SIL 4, soit le plus haut standard pour les systèmes liés au transport de passagers.
Au-delà de la simple détection, les armoires intègrent un système de surveillance (UCC) capable de contrôler en permanence l’état des modules. Selon les responsables du projet, ce système ne se limite pas à vérifier le bon fonctionnement : il permet également de détecter des signes de vieillissement et d’anticiper une défaillance avant qu’elle ne survienne.
L’objectif est de passer d’une maintenance basée sur des échéances fixes à une maintenance conditionnelle, déclenchée lorsque le système identifie un risque réel de panne. Les informations sont transmises à distance, permettant au gestionnaire d’infrastructure d’intervenir de manière ciblée. À terme, ce monitoring pourrait être étendu à d’autres équipements critiques du réseau, comme les systèmes d’aiguillage ou certains moteurs de caténaires.
Pour Infrabel, la modernisation de la signalisation constitue l’un des leviers d’amélioration de la ponctualité. Le gestionnaire indique que la signalisation représente environ 0,5 point des 8 % de retards des trains SNCB effectivement en circulation. En 2025, l’amélioration des systèmes de signalisation aurait contribué, en deux ans, à une hausse de plus de 4 % de la ponctualité des trains qui roulent.
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Réindustrialisation locale
Les différentes parties prenantes, Benoît Gilson (CEO Infrabel), Denis Périquet (CEO Alpha Innovations) et Éléonore Simonet (Ministre fédérale des PME), ont insisté sur la dimension industrielle du projet. Les composants électroniques concernés sont à nouveau produits en Belgique, ce qui n’était plus le cas depuis “longtemps”, sans plus de précisions. La fabrication et les tests sont désormais réalisés localement, un élément présenté comme un exemple de réindustrialisation.
Selon Infrabel, le contrat a été remporté face à une concurrence internationale importante, y compris dans des pays où les coûts de production sont plus faibles. Le choix s’est porté sur la solution jugée la plus performante au meilleur prix.
Benoît Gilson a également indiqué : “Infrabel investit 1,3 milliard d’euros par an et on va monter à 1,6 milliard d’euros. Environ 90 % des investissements d’Infrabel sont captés par des entreprises belges, et cela doit rester ainsi. Nous devons tout faire pour soutenir cette dynamique, car cet argent génère des retombées économiques. Une étude de Deloitte a démontré qu’un euro investi dans Infrabel pouvait créer trois euros dans l’économie belge.”
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