La compagnie aérienne low-cost hongroise Wizz Air a conclu les essais pour l’incorporation de “Sustainable Aviation Fuel” (SAF) au sein de plusieurs liaisons aériennes au départ de Budapest, dont Charleroi. Au sein de cette coopération, on retrouve Airbus qui a soutenu le projet mais aussi Moeve et l’aéroport de Charleroi. Il s’agit d’une étape cruciale pour la compagnie aérienne pour continuer à réduire ses émissions de gaz à effet de serre.
Ce jeudi 16 janvier, Wizz Air et Airbus ont présenté à l’aéroport de Charleroi les essais de Sustainable Aviation Fuel (SAF) utilisé par la compagnie aérienne low-cost hongroise, notamment entre Charleroi et Budapest. Selon la coopération aussi composée de Moeve et Brussels South Charleroi Airport, il s’agit d’une réussite. Airbus a soutenu la compagnie aérienne à bas coûts dans cet essai en mettant à disposition son expertise technique pour maximiser l’efficacité de l’intégration du SAF dans les opérations.
Concrètement, les carburants d'aviation durables (SAF) sont des carburants alternatifs, dérivés de diverses matières premières telles que l'huile de cuisson usagée, de déchets agricoles et déchets domestiques, qui permettent de réduire jusqu'à 65% les émissions de gaz à effet de serre sur le cycle de vie par rapport au carburant conventionnel, selon l'Association Internationale du Transport Aérien (IATA).
Au cours de ces essais commencés le 21 octobre dernier, Wizz Air a effectué plus de 50 vols (entre Budapest et Barcelone et Charleroi) en utilisant un mélange de SAF et de carburant traditionnel, conformément au modèle d'équilibrage de masse. Le mélange de carburant sur la liaison BCN-BUD comprend jusqu'à 5% de mélange SAF, tandis que sur la liaison CRL-BUD, il comprend jusqu'à 10%, tous deux certifiés par l'International Sustainability & Carbon Certification (ISCC EU).
En général, les SAF peuvent réduire les émissions de CO2 jusqu'à 90% par rapport au kérosène traditionnel tout au long de leur cycle de vie. L'initiative a démontré la faisabilité de l'incorporation du SAF dans les opérations régulières et a mis en évidence les domaines de développement futur, notamment la modernisation des infrastructures et l'optimisation des coûts.
Les SAF sont issus de déchets notamment végétaux qui ont déjà capté du CO2 pour le transformer en dioxygène et qui le rejettent, en n’émettant pas plus de gaz à effet de serre, comme le ferait le kérosène fossile.
Législation européenne plus dure
Le rôle des différentes parties prenantes, ont été discutées lors d'une table ronde qui s’est tenue à l’aéroport de Charleroi, soulignant l'importance des efforts de collaboration pour faire progresser l'aviation à faible émission de carbone. Elle a mis en évidence le rôle essentiel de toutes les parties prenantes dans l'accélération de l'adoption et de l'utilisation du SAF et le besoin de multiples coopérations pour pouvoir effectuer la transition énergétique plus rapidement. Airbus se considère comme un catalyseur dans le développement d'un écosystème SAF mondial.
La réussite des essais marque donc une étape importante vers la décarbonisation de l'aviation suite à la mise en œuvre de la législation européenne Refuel, qui impose une part minimale de SAF dans les vols au départ des aéroports de l'Union Européenne à partir du 1er janvier 2025. En ce moment, les fournisseurs de carburant aéronautique doivent inclure au moins 2% de SAF dans leur kérosène, depuis le 1er janvier dernier. Ce pourcentage va progressivement augmenter jusqu’à 70% en 2050.
Wizz Air et ses partenaires voudraient continuer à augmenter la production de SAF grâce à des efforts de collaboration, tout en soulignant la nécessité d'améliorer la sensibilisation du public et de répondre aux préoccupations en matière de coûts, parce qu’il reste important : 500 000€ pour les essais, tandis que le budget estimé par Wizz Air est d’une dizaine de millions d’euros par trimestre, parce qu’aussi logistiquement, les coûts augmentent, tandis que le prix du SAF est trois voire quatre fois plus important que le carburant classique. Selon Airbus, il n’y a pas de référence marché tandis que Moeve avance qu’il faudrait avoir l’arrivée de concurrents pour pouvoir faire baisser les prix, tandis que l’infrastructure existe déjà.
Dans des aéroports plus petits ou secondaires, Wizz Air déclare qu’il faut trouver des accords avec des avitailleurs tiers.
“Aujourd'hui, les SAF sont disponibles en petites quantités, nous devons donc augmenter la demande et l'offre et réduire l'écart de prix avec le carburant traditionnel. Les informations recueillies dans le cadre de l'enquête soulignent le point de vue des passagers et l'importance pour l'écosystème de l'aviation - y compris les compagnies aériennes, les aéroports, les organismes de réglementation, les fabricants et les producteurs de carburant - de travailler ensemble pour apporter de la clarté et impliquer activement les passagers dans les efforts de décarbonisation. Cela nécessite un effort collectif par le biais de la conformité réglementaire, d'avions et d'opérations plus économes en carburant et d'initiatives de sensibilisation des passagers", constate Julien Manhes, Head of SAF and Carbon Dioxide Removal Department à Airbus.
L'aéroport de Charleroi développe par ailleurs des infrastructures et des partenariats qui facilitent l'augmentation du SAF à grande échelle. En effet, le carburant pour l’aéroport n’est pas apporté par pipeline et ne crée donc pas de changement dans les opérations. L’introduction du SAF a un aspect global mais aussi un impact local.
Les voyageurs en faveur de l’introduction des SAF
Une enquête de Wizz Air a révélé que 71% des personnes interrogées croient en l'impact positif du carburant d’aviation durable (SAF) sur la réduction de l'empreinte carbone de l'industrie aéronautique, même si seulement 45% d'entre elles en avaient connaissance au préalable.
Bien que de nombreux répondants à l'enquête envisagent de modifier leurs habitudes de voyage pour des raisons environnementales (58% des répondants), les passagers sont encore peu sensibilisés aux efforts déployés par le secteur de l'aviation pour réduire les émissions de carbone (74% des répondants n'étaient pas au courant du mandat européen SAF).
Cependant, il est aussi à noter que d’autres voyageurs sont contre de rajouter ces frais à leurs vols parce que c’est “déjà assez cher” selon l’enquête : 65% des répondants préféreraient des vols à plus faibles émissions, mais 36% ne sont pas prêts à payer un supplément. 72% ont cependant demandé un investissement des autorités pour intensifier la production de ce carburant, soulignant l'importance de la collaboration public-privé pour répondre à la demande future.
L’avantage du SAF est qu’il se base sur des technologies déjà existantes et peuvent être utilisés par les réacteurs actuels sans nécessité de le changer, ce qui est une économie dans plusieurs domaines.
“La réussite de cet essai réaffirme notre engagement à voler vers la durabilité. Nous sommes profondément reconnaissants à nos passagers qui ont participé à cette enquête, la première du genre, et qui nous ont fourni des informations inestimables sur leur sensibilisation et leur attitude à l'égard du SAF et des voyages durables. Il est encourageant de constater que 71% d'entre eux reconnaissent l'impact positif du SAF et sont prêts à s'engager dans des pratiques durables. Cependant, de nombreuses personnes interrogées ont souligné le besoin de clarifier le rôle du SAF dans la décarbonisation, ses implications en termes de coûts et le rôle de la réglementation”,
Wizz Air s'engage à donner la priorité aux initiatives qui informent de manière transparente nos passagers sur les SAF, ses avantages et ses défis, dans le cadre de la décarbonisation de l'aviation - un secteur difficile à convaincre. L'investissement de Wizz Air dans des avions Airbus lui a permis d'être un leader en matière d'efficacité, en étant la compagnie aérienne avec les plus faibles émissions par passager et par kilomètre au niveau mondial [talonnant ainsi Ryanair, ndlr] La prochaine phase de notre stratégie de développement durable consiste à s'attaquer aux émissions absolues en investissant dans les SAF. Avec nos partenaires, nous continuerons à plaider en faveur d'un soutien politique pour relever les défis en matière de coûts et de production afin de permettre une transition écologique.” commente Yvonne Moynihan, Corporate & ESG Officer de Wizz Air.
Quentin Evrard, Sustainable Development Manager au BSCA dit : “Nous sommes heureux d'avoir été choisis par Wizz Air pour ces tests. Pour Brussels South Charleroi Airport, il est important de se développer avec toujours le respect de l'environnement comme priorité. L'intégration du SAF dans le carburant d'aviation est une réalité à laquelle toute compagnie aérienne opérant à partir d'un aéroport européen devra se soumettre. A l'aéroport de Charleroi, nous souhaitons encourager son utilisation non seulement pour répondre au mandat européen, mais aussi pour aller plus loin et dépasser le pourcentage minimum de SAF imposé.
C'est pourquoi, en plus de travailler sur un incitant financier pour les compagnies aériennes, BSCA s'est associé à la SOWAER et au Gouvernement wallon pour faciliter la mise à disposition du SAF en Wallonie via une unité de production locale, un pas important vers un avenir durable pour le secteur aéronautique.”
D’autres possibilités
Selon Wizz Air et Airbus, les deux sociétés ont un portfolio de solutions à diversifier d’ici 2030 parce que les voyageurs continueront à prendre l’avion, bien que plus sensibilisés. Cependant, la compagnie aérienne note que l’Union Européenne est bien plus avancée en termes de SAF, parce que ce n’est pas encore vraiment le cas aux Émirats Arabes Unis (où elle est aussi implantée) ou aux États-Unis où 90% de l’utilisation du SAF est concentré sur la Californie. Airbus investit également dans les moteurs plus économes (jusqu’à 20% en moins). Le SAF reste néanmoins une des solutions principales envisagées par les compagnies aériennes et l’ensemble de l’industrie pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.
Une info, une idée ? Contactez-moi via Telegram, in@thibaultlapers.be ou mes réseaux sociaux :
Mobilithib : Bluesky.
Mes réseaux perso : Bluesky, Facebook.
L’info a un coût, si vous le souhaitez, vous pouvez contribuer à ce projet.






